Pédagogie publique (PP) et analyse critique du discours (ACD).
Ce texte se propose de montrer comment l'analyse critique du discours (ACD) est une méthode compatible avec la recherche en pédagogie publique lorsqu'il s'agit d'analyser un texte ou un corpus de textes. L'analyse critique du discours (ACD) constitue une méthode pour l'analyse qualitative de texte approfondie.
1. Présentation de la pédagogie publique.
La pédagogie publique est un champ de recherche en sciences de l’éducation, relativement récent, mais désormais bien établi, qui s’est développé dans le monde anglo-saxon (Sandlin et al., 2009). Les auteurs s’accordent pour considérer que la pédagogie publique porte sur l’étude de l’ensemble des formes d’éducation informelle qui ont lieu hors de l’école. On trouve plusieurs tentatives pour définir plus précisément la pédagogie publique. Par exemple, on peut mentionner deux définitions parmi celles qui ont été proposées :
« La pédagogie publique est une construction théorique qui met l’accent sur les différentes formes et lieux d’éducation et d’apprentissage qui se déroulent au-delà des pratiques scolaires formelles : dans des institutions autres que les écoles, comme les musées, les zoos, les bibliothèques et les parcs publics ; dans des lieux éducatifs informels comme la culture populaire, les médias, les espaces commerciaux et Internet ; et dans ou à travers des figures et des lieux d’activisme, notamment les « intellectuels publics », l’activisme social populaire et divers mouvements sociaux. La théorie et la recherche en pédagogie publique s’inspirent largement des contributions des études culturelles. De ce fait, la pédagogie publique s’intéresse à la fois aux dimensions socialement reproductives et contre-hégémoniques des espaces pédagogiques qui sont distincts de l’école formelle » (Collectif, 2010).
« La pédagogie publique est un concept théorique qui se concentre sur les formes, les processus et les lieux d’éducation et d’apprentissage qui se déroulent au-delà de l’enseignement et des pratiques formelles. Les chercheurs se sont inspirés des domaines théoriques des études culturelles, de la pédagogie critique et des approches artistiques/esthétiques de l’apprentissage dans la sphère publique. En se concentrant à la fois sur les aspects hégémoniques et de résistance dans les espaces d’éducation publique, les spécialistes de l’éducation qui emploient ce terme explicitent généralement ses dimensions pédagogiques féministes, critiques, culturelles, performatives et/ou activistes. » (O’Malley et al. 2020).
Une revue de littérature (Sandlin et al., 2011), qui a été établie à partir de 460 sources, a permis de distinguer cinq sous-domaines de recherche parmi lesquels se répartissent les recherches en pédagogie publique : (a) la citoyenneté au sein et au-delà des écoles, (b) la culture populaire et la vie quotidienne, (c) les institutions informelles et les espaces publics, (d) les discours culturels dominants, et (e) l’intellectualisme public et l’activisme social.
Ce qui nous intéresse en outre, c’est que la pédagogie publique a développé différentes méthodes (Charman et Dixon, 2021) pour étudier les formes d’apprentissages informels dans l’espace public et en particulier ceux qui ont lieu à travers l’espace médiatique : par exemple plusieurs contributions du handbook sur la pédagogie publique s’intéresse aux apprentissages informels à travers les médias (Sandlin et al., 2009).
2. L’analyse critique du discours
L’analyse critique du discours est une approche utilisée dans plusieurs disciplines. On trouve des travaux en sciences de l’éducation et de la formation qui ont recours à l’analyse critique du discours (par ex : Altidor, 2022 : Grassin et Guichon, 2019).
L’analyse critique du discours partage avec la pédagogie publique le fait d’appartenir aux approches qui ont été développée dans les Critical Studies (études critiques). De ce fait, l’analyse critique du discours peut être utilisée comme méthode d’analyse de la pédagogie publique.
Le spécialiste de l’analyse de discours Dominique Maingueneau explique : « Une analyse des graffitis, des conversations, des romans pornographiques, des tracts publicitaires ou des textes administratifs est tout aussi légitime qu’une analyse du discours philosophique ou littéraire, à condition évidemment que leur étude s’inscrive dans une problématique raisonnée : quelles que soient leurs différences de prestige, on peut les distribuer sur un même espace, les appréhender à travers les mêmes concepts, penser leurs relations dans l’unité de l’interdiscours. » (Maingueneau, 2021).
Comme l’explique Maingueneau, l’analyse critique du discours (ACD), à la différence de l’analyse du discours (AD), n’est pas une approche spécifique aux sciences du langage. Elle s’est plutôt développée dans le cadre des « Critical Studies ». Ce qui explique que l’analyse critique du discours peut recourir à des concepts qui sont empruntés aux sciences sociales comme à la philosophie.
Une analyse critique du discours inspirée d’une approche philosophique consiste à appliquer des concepts philosophiques à des corpus de textes qui n’appartiennent pas au canon philosophique. Les courants d’interprétation en ACD peuvent être inspirés de l’Ecole de Francfort, de Foucault, de Derrida, d’Althusser, du féminisme, des théories queer, des théories décoloniales… Ce qui veut dire des « Critical Studies ». L’un des principaux courants de l’analyse critique du discours est le courant foucaldien (Paradis-Gagné, Dominique, 2024).
En effet, l’objectif de l’ACD n’est pas en priorité l’étude linguistique du discours, mais l’analyse des rapports de pouvoir qui sont dissimulés dans les discours (Guichon et Ollivier, 2022). L’ACD peut combiner les apports des sciences du langage, de la sociologie ou encore de la philosophie.
En sciences de l'éducation, il nous semble pertinent de parler d’analyse critique du discours multiréférentielle (ACDM). L’analyse critique mutiréférentielle du discours en entend suivre cette proposition de Jacques Ardoino concernant les sciences de l’éducation et de la formation : « L’analyse multiréférentielle des situations, des pratiques, des phénomènes et des faits éducatifs se propose explicitement une lecture plurielle de tels objets, sous différents angles et en fonction de systèmes de références distincts, non supposés réductibles les uns aux autres. Beaucoup plus encore qu’une position méthodologique c’est un parti pris épistémologique. L’éducation, définie comme une fonction sociale globale traversant l’ensemble des champs des sciences de l’homme et de la société, intéressant, par conséquent, autant le psychologue que le psychologue social, l’économiste que le sociologue, le philosophe que l’historien, etc., voudrait ainsi être appréhendée dans sa toute complexité. » (Ardoino, 2000). L’ACDM se propose donc d’appliquer à l’analyse critique du discours des références prises dans différentes disciplines contributives des sciences de l’éducation (ex : sociologie, philosophie, histoire...). L'objectif est de procéder à une analyse qualitative approfondie.
3. Plans possibles de l’étude :
Plan A :
Introduction :
1. Cadre contextuel : relatif à la thématique d’étude.
2. Cadre théorique : pédagogie publique.
3. Méthode : constitution du corpus et présentation de l’analyse critique de discours.
4. Analyse critique du discours.
5. Discussion : apports et limites en pédagogie publique.
Conclusion
Plan B :
Introduction
1. Cadre théorique et méthodologique.
2. Analyse critique du discours
3. Discussion : apports et limites en pédagogie publique.
Conclusion
Bibliographie:
Altidor, D. (2022). La représentation des Noir⋅e⋅s dans les manuels d’histoire et la reproduction des rapports de domination. Revue des sciences de l’éducation, 48(3). https://doi.org/10.7202/1103275ar
Ardoino, J. (2000). Approche multiréférentielle. Education et formation, 254-260.
Collectif, (2010). Public pedagogy. In C. Kridel (Ed.) Encyclopedia of curriculum studies (pp. 697-700). SAGE Publications, Inc., https://doi.org/10.4135/9781412958806
Grassin, J. F., & Guichon, N. (2019). Étude des enjeux symboliques liés aux objets nomades connectés: vers une analyse critique du discours. Nouveaux cahiers de la recherche en éducation, 21(3), 29-51.
Guichon, N. et Ollivier, C. (2022). Chapitre 4. Apports de l’analyse de discours à une approche critique du numérique en éducation L’exemple des discours sur le TNI. Dans S. Collin, J. Denouël, N. Guichon et É. Schneider Le numérique en éducation et formation : Approches critiques (p. 117-143). Les Presses des Mines.
Maingueneau, D. (2021). Chapitre 5. Une analyse critique ? Discours et analyse du discours : Une introduction (p. 43-52). Armand Colin.
O’Malley, M. P., Sandlin, J. A., & Burdick, J. (2020). Public pedagogy theories, methodologies, and ethics. In Oxford research encyclopedia of education.
Paradis-Gagné, É., & Domingue, J. L. (2024). Les apports méthodologiques et théoriques de l’analyse critique du discours pour la recherche en sciences infirmières. Recherche en soins infirmiers, 156(1), 58-66.
Sandlin, J. A., Schultz, B. D., & Burdick, J. (Eds.). (2009). Handbook of public pedagogy. Routledge.
Sandlin, J. A., O’Malley, M. P., & Burdick, J. (2011). Mapping the complexity of public pedagogy scholarship: 1894–2010. Review of educational research, 81(3), 338-375.
Romain, C., & Baider, F. (2025). Supports pédagogiques pour lutter contre les discriminations: du contre-discours au discours alternatif, des formes dites aux formes dissimulées. Corela. Cognition, représentation, langage, (HS-42).